Contrôleurs du travail en colère

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Réflexions après la désastreuse journée du 17

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Récit de la journée :

Un petit matin gris et pluvieux sur le parvis du monstrueux bâtiment de France Télévision. Plus d’une centaine d’agents forment une ronde autour d’un « contrôleurs en colère » calligraphié en Codes rouges. Une journaliste travaillant pour une radio militante passe de drapeaux en drapeaux pour connaître les revendications. Les heures passent, rien ne bouge véritablement. Au fond l’action prévue est une réussite.
Un groupe (s’y joindront deux contrôleurs de l’UT!) décide alors de se rendre à la DAGEMO pour muscler un peu la matinée. Cette initiative, spontanée et sans mandat sera vertement critiquée l’après-midi par les tenants de l’ordre syndical le plus orthodoxe - critique qui ne mérite pas d’être discutée au regard des interventions et du pouvoir d’étranglement dont ont fait preuves les représentants syndicaux. Reçus par le DAGEMO après blocage de l’entrée principale, les camarades ont entendu la petite musique des ministères. Cette fois-ci, semble-t-il, l’interprétation était très correcte. En substance le DAGEMO a dit que ce n’était pas lui, qu’il ne faut pas demander plus que ce qu’il propose sous peine de ne rien obtenir, etc.


Voici le pire moment de la journée. Dans une grande salle presque vide. Les mandatés syndicaux ouvrent le bal.
La veille le DAGEMO avait sorti une grille remaniée (sans coûter un sous de plus au ministère), dans le but certainement de semer le trouble parmi les contrôleurs.
Nous avions voté une plateforme de revendication, et étions là pour coordonner et proposer de nouvelles actions, pas pour discuter d’une grille grotesque et comme sortie du chapeau. Pourtant la tactique grossière du ministère a fonctionné ! Mais ce sont les syndicats qui en portent la plus grande responsabilité.

En effet, toutes les organisations sont longuement, très longuement intervenues pour commenter la grille nouvelle et pontifier quant à la stratégie à adopter pour obtenir quelque satisfaction. Ainsi a-t-on entendu les uns demander le passage en A type, d’autres l’intégration au corps de l’inspection, certains demandant de se contenter d’un CII, etc. etc.
Entre temps la tension montait, quelques contrôleurs manifestaient bruyamment leur impatience. La plupart étaient comme sidérés par cette attitude syndicale.
Le pompon revient à la représentante CGT, qui, bien que huée tout le long, ne s’est pas départie d’un certain calme, et a utilisé 15 bonnes minutes de micro.

N’y tenant plus, un contrôleur vociféra à peu près en ces termes :

« Nous autres contrôleurs sommes un peu couards. On entend depuis une heure de fins stratèges commenter la grille et expliquer, tour à tour, qu’il faut revendiquer ceci ou cela. Pourtant les mêmes nous disent que depuis 25 ans les contrôleurs se font balader ! Ceci devrait suffire à invalider leurs réflexions stratégiques et leur méthodologie.
Soyons clairs, dans un tel rapport de force seul notre pouvoir de nuisance compte. Alors agissons d’abord et négocions ensuite ! Les grèves classiques, seules, sont sans grand effet et n’ont plus de puissance de mobilisation chez nous. On est donc là pour créer et mettre en place des actions difficiles et non conventionnelles (type boycott de stats, saturation des mails, perturbations des locaux etc.) qui d’ailleurs fleurissent sur les blogs de contrôleurs et dans certaines UT. »

La salle globalement d’accord, on s’achemine vers le moment de discuter des actions. Sauf que la fin d’après-midi est déjà là et que presque plus personne n’est là ! Au final aucune action neuve, aucune coordination des importants boycotts, aucune réflexion sur les méthodes d’action n’aura pu être élaboré. Les mandatés auront littéralement vampyrisé la réunion.

La coordination nationale est à mon sens morte en ce 17 novembre. Reste à essayer de fédérer les UT dans les DIRECCTE, car nombre de camarades continuent courageusement le combat.



Commentaires :

« Action collective organisée, conforme à quelques principes, et visant à développer dans le réel les conséquences d’une nouvelle possibilité refoulée par l’état dominant des choses. »

C’est ainsi qu’Alain Badiou définit la politique. Alors on peut affirmer que les directions syndicales ont totalement abandonné la dimension politique de l’action collective au travail. Par là elles ont renoncé aussi à ouvrir ces possibilités qui sommeillent hors l’état dominant des choses. D’où le fait de ne pas mourir de honte à l’instant même où la proposition du DAGEMO était discutée alors que nous avions voté précédemment une plate-forme commune.

En ce qui me concerne j’y ai vu à l’œuvre un paradoxe de nos mouvements de lutte : la puissance réelle et symbolique des syndicats, dont les appels sont effectivement encore nécessaire à une mobilisation d’ampleur et leur capacité extraordinaire à châtrer un mouvement. Le groupe des contrôleurs en colère, structure parallèle aux OS ne parvient pas à lui seul à générer un mouvement d’ampleur… ni à sauter par-dessus les obstacles.

Faut-il dire que les représentants des (dés)organisations syndicales représentaient exclusivement leurs directions syndicales et aucunement les travailleurs ?
Je peux faire la différence entre les directions et les militants, mais ces directions semblent indéboulonnables. Cette création du mouvement social est devenue une chose en soi, obligée, autonome, et qui nous asservit. Les directions syndicales nous cachent le fait que c’est nous qui devons les dominer, elles captent notre pouvoir et l’utilise pour leurs fins propres, aujourd’hui clairement en oppositions aux intérêts des travailleurs. Le syndicat actuel est confondu avec l’organisation en général. N’a-t-on pas affaire ici à un exemple de ce que Marx appelle le fétichisme ?

Plus largement, demandons-nous ce que peut signifier l’acceptation d’être désigné comme partenaire social alors que nous sommes des ennemis de classe aux intérêts fondamentalement contradictoires (égalité contre hiérarchie, propriété des moyens de production contre liberté, captation du pouvoir d’Etat contre démocratie, procès de valorisation du capital contre émancipation du travail…).

D'ailleurs, il y a fort à parier que les conflits larvés entre les clients IT et les clients CT des syndicats pour ou contre la réduction des rémunérations après recatégorisation statutaire viennent de là; d'une insuffisance théorique quant au sens de la lutte sociale, et aussi d'une molesse toute pratique de la part des militants-travailleurs. Ainsi les pseudo paradoxes entre le corporatisme et les mouvements fourre-tout, la revendication d'égalité et l'amélioration des rémunération, l'amélioration des rémunération et la hiérarchie des statuts etc.

Autant de problèmes cachés sous le tapis qui commencent à puer en réunion.


Bref, un énorme gâchis que cette journée de mobilisation.

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Bonjour,
D'action collective efficace pour les contrôleurs du travail, je n'ai jamais connu que celle qui a amené le CII. Menée par les contrôleurs en section, elle a bénéficié à tous.
Depuis la récupération de nos demandes de revalorisation par les OS, je ne me suis plus associée à aucun mouvement dès qu'il était syndical. Seul "les gouttes de pluie" a été plus fort que mes réticences à participer à ces collectifs.
J'ai bien compris qu'il fallait faire taire les spécificités des contrôleurs du travail en section.

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